la page

Je regarde, j’écoute, l’oeil voit, tenter des mots pour habiller la réponse de ce qu’il voit, traduire avec justesse et précision et percussion tout ce qu’il voit, ce qui le touche, ce qui le fâche. Se dire : ça peut toucher, parler de quelque chose de rare et précieux en nous, approcher le seuil de nos territoires intimes.

Vivent dans mon coeur, fort, des plages pour la page : revenir deux secondes à la langue des psaumes, mesurer d’un seul trait à quel point l’élan poétique est un élan fondamental d’émerveillement, d’adoration, de reconnaissance. Le psalmiste : pas de contrainte à la langue de son cœur. Ce qu’il dit, ce qu’il écrit, c’est ce qu’il respire de l’immense présence de Dieu logée au-dedans de lui. Les psaumes ne sont pas de molles poésies, ce sont des cris, du fer, des danses, des larmes, de l’amour, de l’amer, des poings. Cerise sur le gâteau, mon coeur est une percu eau et sang, un instrument vivant, la rythmique poétique de ses mots lui est toute naturelle …

Mise à plat : dans mon coeur, fort encore, des plages pour la page. J’écrirais volontiers: l’idée de la poésie est à verser dans quelque chose de gentiment désuet, limite désincarné. Inintéressant. Faux, c’est tout le contraire : pas de caractère mou, vieux, anthologique, sans identité. Pas de fil à fil mielleux de vérités bibliques au kilomètre. Non, elle est vive, agitée, élancée, rythmée, colorée.

Elle bouge, dedans moi, elle expire, elle vit.

Autre mise à plat : si je regarde ce qui bouge derrière ma vitre, ou que je lève les yeux vers le bleu, je peux témoigner d’un feuillet genre météo. Pas mal, pas inintéressant. Ou : je peux élancer le mieux de mon cri amoureux à Celui qui a créé tout ça, le remercier en citant plus ou moins quelques versets biens sentis sur le sujet . Pas mal, pas mal, mais pas assez. Ou alors : je peux écouter mon cœur qui bat pour ça, me laisser fondre par cette beauté décapante de ce que Lui a posé autour de moi, tout ce qui m’émeut, tout ce qui m’agite et me rend profondément heureux, goûter au sens qu’Il a donné à cette beauté, l’essence de cette prodigieuse nature, et ainsi, par l’outil de mon écriture tenter de rythmer de chacun de mes jours la douce ou violente pelure …

Je parle de nature, trop facile. Le poète s’émerveille de l’aube des forêts, de l’onde pure. Ha-ha. Ca suffit, ça. La poésie n’est pas mièvre. Si mon voisin démolit sa femme la nuit, tant que ça m’enlève mon repos, ou si je croise dans le métro une fille qui désèche de ne pas exister, ou si mon père s’est crevé en vain à lutter avec cette saleté de cancer de merde, tout ça fait bouger mon cœur. Et tout ce qui le fait bouger comme ça m’élance vers le désir d’écrire, de rythmer mes jours, de rythmer ma langue afin que Dieu m’entende, et que dans chacun des mes traits s’entende Dieu, ce qu’Il est, qui Il est. Point barre, humblement.

Il y a une beauté dans ce monde, il y a une certaine forme de beauté dans l’élan de la page, là où le poinçon du mot reste brut et brûlant. Essayer de dire, d’un habit vif ou fragile, heureux ou bouffé de douleur, dire ce qui est. Ce qui se voit ou ne se voit pas. Ne pas copier ne pas redire, juste tenter de traduire l’émerveillement de désirer voir tout ça, tout ce qui vit alentour, avec un peu de son regard à Lui.

 

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