faux façon vrai

image-chat-noir-blanc-408-800-600 Après un long moment, elle s’est rendu compte que le sol n’était pas couvert de plancher, mais d’un mica façon plancher. Ahurissant. Non loin de là : le chat semblait avoir déjà tout compris depuis un bail, et de fait daignait pour confirmation afficher son profil-type, cette sorte de sourire façon chat (car ce n’est pas un sourire, non c’en est l’illusion subtile, la peinture feinte, une sorte de déviation naturelle traçant une ligne au départ du museau et venant se perdre dans le poil). Dans quel genre d’absence sensorielle étais-je tombée, me dit-elle ? Quelle est cette invraisemblable idée que mon nu-pied ait pu aller et venir, tasser café et couper chou, boire, manger, lire un brin, tailler le gigot, fourrer la caille, deviser, pétrir sans sel, couper carottes, parler sans fil, sécher la vaisselle sans que rien ne me semble anormal à ce faux-plancher façon plancher. Du mica, merde alors. Le proprio me fait visiter (a-t-il dit façon plancher ? qu’a-t-il dit ?), vous verrez c’est confort et large, ancien mais cosy (cosy, comme c’est ridicule), refait à neuf, un véritable appart de charme comme tombé de la chaine. Elle dit encore : figure-toi que j’ai vraiment cru en le regardant, et avant d’y poser chaises, coin-table, coiffeuse façon vaisselier, méridienne, ficus, chat , herbe à chat, bol à chat et tapis à chat, vraiment cru que c’était un plancher magnifique, vrai beau, exagéré pour ce petit appart de bas de ville. J’ai marché dessus, j’ai cuisiné dessus, j’ai lavé dessus-dessous, j’ai glissé dessus, j’ai cassé des assiettes ikea 365 dessus et j’ai ramassé les petits morceaux. Ca veut dire que j’ai mis mon nez dessus et que j’ai pas vu. Rien. Où j’ai les yeux ? J’en ai, oui ou m.? Elle me dit encore : tu te rends compte ? Roulée à sec dans la farine de l’illusion de cette cuisine façon cuisine vrai-de-vrai chic de maison de ville. In-croyable. J’ai cru à ce qui m’a dit, le proprio. Sans vérifier. Sans y mettre le doigt. J’ai signé à ce trompe-l’œil, il m’a prêté son stylo (façon plaqué noyer) pour que je signe ce bail façon bail honnête, propre et tout, mise en page toute bien clean, logo itou, papier ivoiré (façon chiffon, très classe). Comment j’ai pu, dis ? Ca me rend malade, comment j’ai pu avancer dans un choix sans être en veille, c’est ça, c’est ça, je devais dormir debout quand y m’a fait visiter, je suis dégoûtée, ce baratin a eu bon goût, y m’a flashé les cornées d’un coup : le plancher de ma cuisine est un faux plancher et j’ai même rien vu, un revêtement à 2O balles et des raouètes, bluffant, menteur, illusoire, cacahuètes. Et figure-toi que c’est le chat qui me l’a fait remarquer : jamais il a voulu de sieste sur le plancher de la cuisine. Ca c’est pas normal, je me suis dit, un chat qui veut pas dormir sur le chaud bois. Ha-ha, viens ici, explique-moi. Je me suis couché pour être à hauteur de son nez à lui, et là j’ai senti, j’ai senti vraiment : plastoc. Le chat s’est levé, il est venu vers moi, genre : allez, dis-moi pas que c’est vrai ? C’est quoi ce mica ? Je me suis fait berner. Trop toc. On nous ment, on nous ment parce qu’on baisse la garde. On se fait avoir par n’importe quoi . J’ai pris du mica pour du vrai bois. Faut rester attentifs, vifs, aux abois. Faut rester vivants, sensoriels, curieux. Faut réapprendre à toucher le vrai. Revoilà le chat. Ca me rend malade. On va finir par glisser sur cet espèce de plancher, là. Se casser quelque chose, en plus, manquerait que ça. in butiner (c) speculoos libris 2008-2011

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