par ouï-dire

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L’esquif cherche un môle, l’abeille un vieux saule, la boussole un pôle, et moi, la Vérité .

Rien jamais ne nous comble vraiment. On cherche ailleurs ce que l’on croit distraitement ou fermement être ailleurs, on évase au plus ample toutes les partitions du mou-vivre, on grignote à tous les rateliers, on mange du mâché et du confit, on s’aventure en balisé, mieux encore dans le genre dégelée moche : on se laisse bouffer par la télé (je sais, je sais, moi aussi des fois j’aime bien, mais elle en crèvera, aucun de nous n’est digeste à ce point-là). Faut arracher le cordon. Même commenter ce qu’on y voit n’a plus de sens (on reste attentifs et éperdus de la belle cathode pour vérifier si c’est bien con jusqu’à la fin). Ceci dit, restons-en à ce peu-là : scotchés au canapé des jours de rien, ça ne nous emmène pas bien loin voire nulle part (vérifiable), ne nous repose pas davantage (vérifié), nous crève (sûr), plus on pèse sur les coussins plus on s’empèse (évident), les gestes du rien finissent même par les défoncer (les coussins). Nous reste donc : se lever. Ou : se répandre et chialer (vu à la télé).

Se lever c’est se laisser emporter par les secousses d’un désir de vivre, sans en chercher le profit, c’est désirer respirer, désirer accomplir.

Pense, me suis-je dit, à ton coeur maintenant chaud au-dedans, pense aux émulations du dehors, aux violents parfums de la ville où tu cultives le repli, aux récurrentes tendresses de la douceur de l’air, au sommeil qui échappe à tes paupières, aux cernes qui gravent tes jours de pluie, à ton appétit légendaire ces jours-ci pâli, à ta main durcie qui cogne le poing comme béton, aux changeants visages de ce qui te réjouit ? Il t’aime toi.

Pense à ça, parle-Lui, prie, frotte-toi à ça, donne, rage encore, rit, avale. Pense à ça encore. Remplis ton ventre de cet amour immense, respire, cherche à apprivoiser ça jusqu’à ce que ton coeur crève de fatigue. Me suis-je dit.

Je veux te voir. Je veux te voir, sur ce chemin de te voir j’élance mes muscles, mes os tissus fibres, mon cœur qui geint, mes reins, mon coeur qui bat, tout moi, tout Toi qui me ravit, tout ce qui est possible en moi.  Je rêve que ce soit ta main dans ma main, que tu m’entraines à l’écart de moi, à l’écart de ce que je sais de moi, à l’écart de ce que d’autres bouches disent de moi, à l’écart de ce village où résonne la foule dans son plus laid costume de choses convenues, tout le petit peuple grimaçant de ce qui me fait peur encore, de ce qui me retient encore, de ce qui me fait douter de moi, tout le grimage ancien de ce qui m’empêche de te voir. Que mon cœur voie ta voix, ton cœur, ta voie.

Est-ce mon coeur ? Est-ce ma voix ? Quoi ? Quelle est la trace de moi alentour ? Peut-on me voir moi ? Comment donc Dieu parvient-il à définir au devant de moi ce que je ne vois pas (encore) ? Il me semble douloureux de nommer le chant de mon coeur, mes prières sont sourdes et s’éparpillent sous la gifle et le vent, s’égosillent dans le chahut du monde alentour. Je m’éveille ce matin : ma vie à l’état d’ébauche, de trait inachevé.

Mais si je me concentre, et pose mes yeux sur le dos lisse d’un dodu silence : l’un ou l’autre battement de mon coeur trouve alors son appui, son élan, son évidence. Là, je sais qu’il est là. J’en ai le goût, la confiance. Et je m’avance. Et d’une vie dans ses bras s’esquisse le pas, tendre et dense. Je suis vivant, tout moi l’entend.

Vous me chercherez et vous me trouverez, parce que c’est de tout votre cœur que vous m’aurez cherché. 

extrait de [le grand bouleversement] by Vincent Smetana – 150 pp. 16/16 (c) Speculoos Libris 2013

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