caille bison dindon

poissons

Plus ou moins distraitement, je sillonnais les allées du supermarché, genre vendredi 20 décembre fin de journée. Halte pour mon panier aux alentours du rayon où s’entreposent les blancs, les pilons, les filets de poitrine, les aiguillettes, les cuisses grasses et les ailes si fines, les petits foies, les petits cœurs et les petits gésiers par milliers. La tradition nous obligerait-elle à stopper à ce rayon où toutes choses en ces temps-là de festivités s’accommodent d’airelles, de croquettes et de vins gazeux de propriété ? Meuh non.

Une femme plonge à côté de mon nez son nez dans le froid, et ausculte pensivement une barquette à la fois : palper, renifler, tâter, estimer, envisager. Manger oui, mais manger quoi ? Le manège se prolonge en silence quelques autres secondes longues, puis soudain c’est dans la conversation qu’elle se plonge : c’est dégueulasse, non ? Tous ces gentils animaux coupés en dés et en menus morceaux de choix. On leur a demandé si ils avaient envie de ça ? Et elle s’en va. Vers les poissons (sans queue ni tête). Est-il juste que nous portions affection à ces animaux-là ? C’est ce dont il s’agit ou pas ? Qu’importe cuisiner le loup sans le galion, le veau sans le vallon ?

Je me souviens de ça : un gamin à qui on demandait en classe de dessiner un poisson avait croqué un rectangle orange, et avec beaucoup d’application : l’instit amusée se demandait qui quoi qu’est-ce, lorsque soudain l’évidence la gifla : un fish-stick hors de sa caisse ! Un bout de poisson, un bout de poulet, un bout de mouton, un bout de cochon, un bout de biche, un bout de bison, un bout de gigot, un bout d’oiseau : on ne mange jamais que des bouts, c’est pour ça qu’on ne mange rien, affectivement parlant, toutes assiettes mises à plats, bouts à bouts. By the way, les biscuits, c’est des bouts de blé, et pour nous les faire aimer manger on nous roule dans la farine, c’est des petites gueules sympa qu’on leur dessine, qui font que tout à coup si on fait pas attention on les prend en affection, ces biscuits. N’empêche : pour le manger, on l’écrase, le biscuit, on le mord on le massacre, hein, on le prend pas par le bras pour lui murmurer qu’on l’aime et qu’on est triste de s’en prendre à lui (en particulier).

Idem pour les autres (sur le carton le poisson fait des sourires de midinette, en t-shirt et en salopette), idem tous les autres, idem tous les passagers de nos assiettes. Meuh non c’est pas dégueulasse, Madame, c’est merveilleusement conçu tout ça ! Voyez l’oiseau-sans-tête : ça devrait nous faire horreur, mais non, c’est de la viande ( ?) hachée roulée dans du lard en forme d’oiseau sans sa tête, ha-ha, comme c’est bête, ha-ha-houuu, allez, courage, Madame, ha-ha, et bon appétit ! On aime manger, hein, ça oui, mais on aime pas trop voir les arbalètes, les bottes et les fusils. Quels drôles d’oiseaux nous sommes, tout de même.

En chemin vers la crèmerie, je croise un caddie plein aux as, gavé de bouffe surgelée emballée dans des tonnes de cartons indélébiles, polystyrènes, papiers glacés et sachets plastiques débiles, qui bouchent les poubelles, les artères et les égouts des villes. Qu’est-ce qu’on fiche ? Revenez, M’dame, faut qu’on parle. Je me suis pris à rêver d’une alimentation raisonnée et rayonnante, et sans trop jeter de sous, d’une promenade bras-dessus aile-dessous avec un poulet, sympa, que je connaitrais et tout. Ouais. Que même au bout du compte elle ait une tronche plus sympa, mon assiette. Queue et tête.

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