au-dedans de nous le mouvement

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Lorsque j’étais à peine sorti de fac, j’ai rencontré une jeune femme, encore étudiante, nous sommes tombés amoureux l’un de l’autre. A l’occasion de la chute du mur de Berlin, nous avions fait un voyage d’étude au cours duquel, par petits instants fugaces, nous comprenions que nos cœurs fondaient. Tout en elle m’émouvait : la manière qu’elle avait de marcher, la boisson qu’elle choisissait lorsque nous nous arrêtions dans de bruyantes brasseries de la ville, l’odeur étrangement sensuelle qu’elle laissait sur le col de son manteau pendu au vestiaire de l’hôtel, cette manière qu’elle avait de quitter la chambre commune que nous partagions à six ou sept, avant tout le monde, comme pour échapper à la médiocrité d’un réveil commun, inconfortable et brutal. Elle était jeune, son père me menaçait même mi-grondement mi-sourire de me dénoncer à la police. Nous nous sommes aimés comme s’aiment de jeunes couples raides-dingues l’un de l’autre : passionnément, maladroitement, en se mentant, en se trompant, dans les bruits de retrouvailles, le silence de longues absences et l’émerveillement de voyages lointains. Pour du vrai, pour toujours. Elle désirait avoir des enfants, elle disait combien une famille la comblerait au-delà de tout autre projet, elle lisait beaucoup, s’essayait même à écrire. Elle a aujourd’hui déjà trois enfants, et son travail s’articule autour de l’amour du livre. Comme quoi : on dévie rarement de ce que j’appellerais nos trajectoires intérieures.

Mais elle n’est pas devenue ma femme pour toujours.

Et ses enfants ne sont pas les miens.

Pourquoi je dis ça ?

Que savions-nous, à ce instant-là ?

Rien.

Et aujourd’hui ? Rien de plus palpable. Rien de sûr.

Car nos chemins de vie sont à vrai dire en perpétuel mouvement. Pas en modification perpétuelle, ni en métamorphose aléatoire. Non. En changement, en évolution. Et pourtant, si souvent on a le sentiment qu’on touche au but, qu’on va soudain pouvoir arrêter cette évolution, freiner ce changement fatigant de la poursuite de nos jours. On se dit, là, ça y est : y a pas mieux, on est bien, des familles formidables. Plus belle la vie. Et aux instants de grâce absolue succèdent les pleurs et la boue. Pourquoi ?

Parce qu’on vit très souvent loin de nous-mêmes. Loin du chant de nos cœurs. Et parce qu’on serre trop fermement nos existences sous les rênes de notre bon-vouloir. Tant que l’on marche dans le plan de l’erreur ou du hasard, on ne touche pas à notre chemin de croissance. Et c’est là que se trouve cette dimension qui nous échappe : quel est le temps, le nom, le lieu de ce qui est pour moi ? De ce qui définit l’instant où je vais toucher au plein épanouissement de ma vie ?

Et c’est là que je dis aujourd’hui : que Ta volonté soit faite, et non la mienne. Car moi, par moi-seul, je ne suis capable de rien de stable.

Comment croit-on qu’on peut faire face au fracas de nos vies ? En lisant des magazines érudits ? En sautant à l’élastique ? En se bourrant la gueule ? En faisant un jogging matinal ? En repeignant vingt fois sa cuisine ? En achetant un abri de jardin plus tape-à-l’œil que celui du voisin ? En faisant taire sa femme ? En humiliant son mari ? En aimant plus nos chiens et chats que nos amis ? En allant à l’église deux fois par semaine ? En se défonçant la santé dans le travail ? En claquant deux mille euros pour une nuit sous les étoiles dans le désert tanzanien ? Quoi, à la fin ?

On cherche à oublier quoi ? A faire taire quoi ? Nous sommes en vie, bordel. C’est exigeant.

Or une parole a glissé vers moi, 

Un bref chuchotis m’a frôlé l’oreille,

Dans les rêveries, les vues de la nuit,

Quand un lourd sommeil tombe sur les hommes,

Et dans un murmure une voix m’a dit :

Quel être est plus pur que lui qui l’a fait ?

Appelle : y a-t-il quelqu’un pour te répondre ?

Regarde : à qui vas-tu te vouer ? 

Dans son bouquin questionnant la prière, Philip Yancey jette ceci : « Je dépensais souvent beaucoup d’énergie à poser des questions à Dieu. Pourquoi la pauvreté se perpétue-t-elle dans les pays riches ? Pourquoi un seul continent, l’Afrique, absorbe-t-il comme une éponge un si grand nombre de catastrophes mondiales ? Quand est-ce que « la paix sur terre » sera enfin une réalité ? Au bout du compte, ces questions me sont apparues comme des interrogations que Dieu nous lance. Jésus à précisé la volonté de Dieu pour cette planète : quelle est ma participation à la réalisation de cette volonté ? »

Dieu ne force rien. Il invite à. Le cœur est laissé libre de s’agiter à tout vent. C’est terrible, et terriblement beau.

extrait de [le grand bouleversement] by Vincent Smetana – 150 pp. 16/16 (c) Speculoos Libris 2013

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