pas de choix pas de chocolat

P1000961

La colère de l’orage d’hier s’est apaisée pendant la nuit. Je prends la voiture pour rejoindre un départ de randonnée. Le feuillet que j’ai en main est couplé d’une carte au millimètre, avec sentiers, ravines, dénivelés et tout le toutim. Les deux sont glissés dans une pochette étanche, au cas où un orage à nouveau jaillirait de par-dessus les crêtes, et que ça le démangerait de se ruer sur ma tête nue. Je chipote cette carte, la déplie, la déchire un peu aussi. Un peu agacé, je la range dans la pochette et lui préfère le dépliant, qui donne des infos sous forme de texte, genre une fois arrivé à l’embranchement, rejoignez la fontaine Saint-Trucmush, puis montez sur la droite pendant trois quarts d’heure environ, ensuite franchissez le petit pont et rejoignez un nouvel embranchement qui … et blablabla pendant dix autres lignes aussi peu précises. Je comprends vite que ce dépliant ne m’aidera pas du tout, alors je le fourre dans la pochette lui aussi. Je jette tout ça sur le siège avant et me met en marche. Partir sans carte, sans les dattes et les biscuits que j’ai laissés sur la table en partant, m’élancer sur un sentier dont je connais ni la teneur ni l’aboutissement et tout ça sous la menace de noirs nuages : sincèrement, ai-je fait le bon choix ?

Parce que c’est ça, quoi : notre vie se constitue et s’articule autour de nos choix successifs. Pas des choix aléatoires, domestiques ou peu engageants, genre crémant ou vin blanc, chocolat noir ou chocolat blanc, caniche frisé ou berger allemand. Non. Des choix qui nous positionnent, nous engagent et nous élancent vers nos demains. Des choix qui nous coûtent, nous bouleversent, nous avancent en eaux profondes, nous laminent les reins. Les choix conséquents, ceux qui nous amènent à nous dévoiler. Ceux qui nous apprennent à dire Merci. A dire Pardon. A dire je t’aime.

Comme si on passait du temps à discuter de la vie et de son sens encore et encore, mais sans que jamais rien ne respire, ne prenne voix, ne prenne corps.

A un moment, c’est bon, quoi : on le fait ou pas, le choix ? On y touche ou pas à cette manière de ne pas se laisser régir par les choses, les événements, les gens, les circonstances ou les héritages ? Je veux dire : rien ne peut se développer, s’épanouir, exister si on n’entre jamais dans le pas du choix. Il importe de se frotter à la réalité de ce qu’on vit, et ça porte un nom : s’impliquer. Croire et donner sens, c’est un choix impliquant. Mais c’est d’abord un choix qu’on se pose à soi-même. Combien de fois on ne s’est pas déjà arrêté sur le bord de la route, parce qu’on explose en larmes et qu’on ne peut plus continuer à conduire ? Si je veux continuer à conduire ma vie quelque part, je ne peux pas continuer à le faire dans cet état. Combien de fois on ne s’est pas effondré d’épuisement ou de solitude sur un quai de métro bondé ou dans le plein chahut émotionnel d’un repas de famille parce qu’on n’arrive pas à prendre sa place, parce qu’il y a trop de pression autour de nous ? Combien ? Pourquoi ? Comment ça se fait ?

J’ai vu un insecte monter sur une ortie, hésiter aux embranchements des feuilles, prendre un à un tous les chemins possibles, s’agripper quand le vent grondait, puis courir, bouger, prendre des torrents d’eau sur sa petite tronche, puis redescendre, hésiter, douter, avant de chercher encore, secoué par le désir de rester en vie, et d’accomplir.

*extrait d’un projet d’édition autour de la série vidéo Le Plan.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s