trouver le coeur

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Un ami m’a parlé un jour d’une expérience singulière qu’il avait choisi d’entamer et qui –au final- l’a profondément entamé lui dans son orgueil et son arrogance de croire qu’il savait déjà tout de la nature humaine, essentiellement après avoir mangé à tous les rateliers livresques de diverses croyances philosophico-spirituello-machinchoses. Il avait bouffé toute sa savante bibliothèque et attendait sereinement de faire le gros rot satisfait de la connaissance infuse. Le défi était donc : s’isoler dans un refuge de fine tôle parmi les arbres et les buissons, avec de la subsistance solide et liquide pour une dizaine de jours, en plus d’une pompe à gel au dettol, une couette 4 saisons de chez lidl, un lumogaz et sa petite bonbonne bleu ciel, une boite d’allumettes, un petit cahier atoma et deux crayons gras, et last but not least un seul bouquin, celui avec lequel tant de fois on lui avait gonflé les oreilles : la Bible. En finir avec ça, into the wild, façon hérisson.

Déjà, ai-je envie de dire, prétentieux de croire qu’on peut avaler cette affaire en dix jours. Et en effet, il a vite déchanté sur la possibilité de gober ce truc vite et cru comme un  best-seller de rentrée. Au jour 2, il était énervé de sa déconvenue. Au jour 3, il ruminait sa déconfiture. Au jour 4, il pensait vider ses sardines, ses chocolats en barres et ses placards en une bouchée et reprendre fissa le chemin de la cité. Mais au soir de ce même jour, la chose improbable est survenue dans la quasi-obscurité de cette hibernation improvisée : enchainer de début à fin et de fin à début sans fin le livre des psaumes, ému et foudroyé par toute la portée de beauté et d’humanité de cette âme vibrante et amoureuse, de ce poème d’éternité, de ce langage absolu de dénuement et d’honnêteté, de persévérance, de violence et de défaite, de confiance sereine et de constante reconnaissance. J’aurais pu déchirer toutes les autres pages, car je venais de trouver le cœur.

Cette seule phrase émue pour tout compte-rendu de ce singulier voyage, voilà ce qui m’a ému moi. L’expérience de vie se trouve aussi au cœur de ce dont la force d’un langage témoigne. Cet ami s’est rendu responsable de sa lecture, dans les termes les plus fondamentaux : un violent volte-face, une émotion radicale, une intelligence bouleversée. Si je ne peux bien sûr écarter le livre des psaumes –qui est devenu entretemps le sillon merveilleux d’une expérience intime de restauration-, j’atteste et crie haut pour ma part que je suis moi tombé en amour du magnifique livre d’Esaïe : un torrent de colère, de défaites, de constantes inconstances, d’amour fou et de promesses, dont je fais mienne celle que j’estime la plus splendide : tendez l’oreille, venez vers moi et vous vivrez.

N’est-ce pas là immensément ce à quoi chacun de nous aspirons : une vie de plénitude et d’intensité, dont nous serions les acteurs émus et responsables ?

*extrait d’un projet d’édition autour de la série vidéo Le Plan

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Une réflexion sur “trouver le coeur

  1. Il avait bouffé toute sa savante bibliothèque et attendait sereinement de faire le gros rot satisfait de la connaissance infuse.

    Cette phrase-là est extra comme un  » maudit blues », Vincent !!!

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