la part de nous à accomplir

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C’est drôle, des fois j’ai des appétits de caravane. Ca insiste, et je ne sais pas pourquoi. Cet habitat a quelque chose de simple, de simplifié même, et de basique donc. En même temps, l’image mentale de la caravane est associée aux temps de vacance, tout en projetant symétriquement une image très cheap de ça. Presque vulgaire, même. Médiocre, en tous cas. Lorsque nous roulions avec mes parents sur l’autoroute du soleil entassés à cinq dans la scirocco de mon père, le spectacle désolant d’une caravane éclatée sur le bord de la route a souvent fait jaillir dans mon esprit d’enfant l’idée que si c’était appétissant et enjôleur à première vue, cette espèce de maison à roulettes n’avait en fait rien de noble, de durable : rien que de la paille de bois, de la merde en mousse légère et beaucoup de vent.

En y repensant, la métaphore s’est imposée : la caravane n’est pas en principe quelque chose qu’on choisit, c’est un habitat par défaut, et je suis parti du principe –en cherchant dans ma mémoire scolaire de ceux qui l’été partaient à la caravane– que c’est dans la plupart des cas un habitat dont on hérite, par tradition, par routine, par défaut. Qui plus est, je viens de le dire, si l’idée est belle dans son essence d’habitat simplifié, léger, démocratique et tout emprunt de liberté, quand on y pense c’est tout le contraire : pour la bouger, il faut la trainer derrière soi comme un boulet joyeusement instable et vraisemblablement dangereux –et dangereux pour les autres- , et si on ne la bouge pas elle finit par se décoller, se démembrer, se déliter et prendre l’eau de toutes parts, plier, ployer, moisir. Rien de ce qui la constitue n’est vraiment noble, ni sa matière ni sa provenance. Au début c’est beau, à la longue ça devient merdique, encombrant, inutile.

Et ça, c’est pile ce qui constitue le plus grand pôle de toxicité pour nos vies : vivre par tradition, accepter de lourds héritages qui ne nous appartiennent pas, bâtir nos vies sur des matières dénuées de toute éternité, trainer de dangereux boulets –pour nous et pour ceux qui nous entourent, même s’ils nous aiment-, laisser aller chacun de nos projets dans un déroulé routinier et lassant à vomir, nous vidant année après année de toute substance et de tout désir.

Comment ça se fait ? Nous devrions penser à édifier des choses simples, belles, durables et partageables, élancées justement vers nos aspirations éternelles à la vie. Un habitat simple se devrait d’être de pierre sèche, de terre battue, de cendre et d’eau, de feu et de lumière. Et nous nous entourons du contraire. Bien sûr, ce sont là des métaphores, mais justement : profitons-en à nouveau pour tâter le sol de nos projets de vie, leur nature et leur état.

Beaucoup de choses dans nos vies nous insécurisent. Beaucoup de choses que nous avons vécues ont créé des blessures, des poids, des manques, et on ne parvient pas toujours à mettre des mots là-dessus. Et on peut passer une vie entière à chercher le lieu du repos, le lieu de la plénitude et de l’accomplissement.

Alors c’est vrai, souvent dans ce trajet-là, il y a plein de choses qu’on ne comprend pas, ou qui nous semblent pas possibles, pas faisables. Croire, avoir foi, s’abandonner, ça mobilise un truc en nous qui sonde notre identité profonde. Ce n’est pas simple. Et donc on n’entre jamais en profondeur, on survole, on évite. Et on place notre désir d’identité dans des choses extérieures à nous, c’est plus facile, c’est confort : mes vêtements, mes loisirs, la marque de ma bagnole, la tronche de mon scooter, ce que je lis ou que je lis pas, ce que je mange et comment je marche et, bien sûr, le lieu où je vis. Or quand on y pense, ce sont là toutes des choses qui sont formatées hors de nous-mêmes, on n’a pas de prise là-dessus, les choses les images les objets viennent s’imprimer sur nous, mais n’expriment pas grand chose de qui nous sommes. Plus on collecte de choses extérieures, moins on touche à notre identité intérieure, à notre coeur profond.

La chose ici, c’est : Il s’agit de commencer à penser différemment. Ou en tous cas de désirer ça. Pourquoi ? Parce que si on ne pense pas différemment, on ne se met jamais à vivre différemment. On a hérité d’un mode de pensée, d’une façon de vivre, d’un système de croyances pré-formaté et de toute une caravane de valeurs. Mais qu’est-ce qu’on a choisi ? Qu’est ce qui a été oui ou non accompli jusqu’aujourd’hui ? Qu’est-ce qui pourrait changer ?

*extrait d’un projet d’édition autour de la série vidéo Le Plan

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