pas de choix pas de chocolat

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La colère de l’orage d’hier s’est apaisée pendant la nuit. Je prends la voiture pour rejoindre un départ de randonnée. Le feuillet que j’ai en main est couplé d’une carte au millimètre, avec sentiers, ravines, dénivelés et tout le toutim. Les deux sont glissés dans une pochette étanche, au cas où un orage à nouveau jaillirait de par-dessus les crêtes, et que ça le démangerait de se ruer sur ma tête nue. Je chipote cette carte, la déplie, la déchire un peu aussi. Un peu agacé, je la range dans la pochette et lui préfère le dépliant, qui donne des infos sous forme de texte, genre une fois arrivé à l’embranchement, rejoignez la fontaine Saint-Trucmush, puis montez sur la droite pendant trois quarts d’heure environ, ensuite franchissez le petit pont et rejoignez un nouvel embranchement qui … et blablabla pendant dix autres lignes aussi peu précises. Je comprends vite que ce dépliant ne m’aidera pas du tout, alors je le fourre dans la pochette lui aussi. Je jette tout ça sur le siège avant et me met en marche. Partir sans carte, sans les dattes et les biscuits que j’ai laissés sur la table en partant, m’élancer sur un sentier dont je connais ni la teneur ni l’aboutissement et tout ça sous la menace de noirs nuages : sincèrement, ai-je fait le bon choix ?

Parce que c’est ça, quoi : notre vie se constitue et s’articule autour de nos choix successifs. Pas des choix aléatoires, domestiques ou peu engageants, genre crémant ou vin blanc, chocolat noir ou chocolat blanc, caniche frisé ou berger allemand. Non. Des choix qui nous positionnent, nous engagent et nous élancent vers nos demains. Des choix qui nous coûtent, nous bouleversent, nous avancent en eaux profondes, nous laminent les reins. Les choix conséquents, ceux qui nous amènent à nous dévoiler. Ceux qui nous apprennent à dire Merci. A dire Pardon. A dire je t’aime.

Comme si on passait du temps à discuter de la vie et de son sens encore et encore, mais sans que jamais rien ne respire, ne prenne voix, ne prenne corps.

A un moment, c’est bon, quoi : on le fait ou pas, le choix ? On y touche ou pas à cette manière de ne pas se laisser régir par les choses, les événements, les gens, les circonstances ou les héritages ? Je veux dire : rien ne peut se développer, s’épanouir, exister si on n’entre jamais dans le pas du choix. Il importe de se frotter à la réalité de ce qu’on vit, et ça porte un nom : s’impliquer. Croire et donner sens, c’est un choix impliquant. Mais c’est d’abord un choix qu’on se pose à soi-même. Combien de fois on ne s’est pas déjà arrêté sur le bord de la route, parce qu’on explose en larmes et qu’on ne peut plus continuer à conduire ? Si je veux continuer à conduire ma vie quelque part, je ne peux pas continuer à le faire dans cet état. Combien de fois on ne s’est pas effondré d’épuisement ou de solitude sur un quai de métro bondé ou dans le plein chahut émotionnel d’un repas de famille parce qu’on n’arrive pas à prendre sa place, parce qu’il y a trop de pression autour de nous ? Combien ? Pourquoi ? Comment ça se fait ?

J’ai vu un insecte monter sur une ortie, hésiter aux embranchements des feuilles, prendre un à un tous les chemins possibles, s’agripper quand le vent grondait, puis courir, bouger, prendre des torrents d’eau sur sa petite tronche, puis redescendre, hésiter, douter, avant de chercher encore, secoué par le désir de rester en vie, et d’accomplir.

*extrait d’un projet d’édition autour de la série vidéo Le Plan.

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chaque premier jour du retour

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A un moment donné, j’ai compris que j’avais sérieusement merdé, mais que le fait de redresser cette faillite émotionnelle et personnelle était une grande chance qui m’était donnée. Parce que j’avais longtemps hésité : partir haut dans les vastes plaines mexicaines élever trois bourricots et deux poulets. Ou : rester là et faire face. When the shit hits the fan. Dire : oui, c’est à cause de moi. C’est moi. Assumer, comme on dit vulgairement. Assume, fieu.

Et dès ce jour, j’ai mis en place en effet les éléments de ma restauration : une certaine forme de responsabilisation, un courage accru doublé d’une résistance temporaire à la paresse abusive, j’ai pris davantage soin de moi sachant que j’allais peu dormir, vitamines, repos organisés. J’ai retrouvé goût à m’entourer de ma famille, à gâter mes amis, les régaler ou simplement les aider. Je travaillais comme un forçat, mais curieusement le goût du travail n’était pas amer : il était simplement une des conditions nécessaires à éponger la dette.

J’ai repris confiance en moi. J’ai appris l’humilité, je me suis pardonné.

J’étais à genoux, mais fort. J’étais vaincu, mais pansé.

Quelques années plus tard, mon banquier m’a rendu des cartes. J’étais à nouveau solvable. Je pouvais même, si je le désirais, opter pour un crédit à la consommation. Il m’a dit ça, à moi. A taux préférentiel, s’il vous plait. C’est pas beau, ça ?

J’ai acheté pour une croute de pain un appartement tout en haut d’une tour, quelque part au sud-ouest de Bruxelles. Certains de mes amis me disaient, mais qu’est-ce qui t’arrive d’acheter un truc dans ce quartier ? T’es dingue, franchement ça craint. Mais dans mon cœur je me sentais prince et roi à la fois. J’étais heureux d’être enfin léger. Je me foutais des apparences. Bien sûr que le quartier des étangs, le haut de la ville, l’ilot sacré ou les faubourgs sud auraient été plus classe. Mais à quoi cela me servait de me saigner pour les apparences ? Qu’est-ce que ça pouvait bien raconter de plus sur moi ? Sur qui j’étais ? Ah, tu habites là, d’accord. Ah, tu habites ici, oh merde.

J’ai raclé, décafardisé, récuré, décapé cet appartement. Enduit de blanc, carrelé à neuf, parqueté. Un palais dans une tour en carton, avais-je déjà vécu ça ?

Quand je discutais tes desseins sans savoir, je n’avais pas compris ces merveilles dont je ne sais rien. Je ne savais de toi que ce qu’on m’avait dit. Maintenant c’est de mes yeux que je t’ai vu.

Il fut un bonheur, ce lieu-là. De février à fin novembre, la chaudière restait éteinte tant il était ensoleillé. Chaque soir, le ciel me comblait de son désarmant spectacle changeant. La peau du canal tout en bas frémissait sous le ventre de quelques mouettes habiles. Des heures, des heures, des heures, accoudé au vide sous le balcon. Un souffle d’air quasi-permanent venait lécher la tour pour remonter sur mes joues, dans mes narines et le doux de mes oreilles. Que ce soit mai, mars, octobre, juillet.  Aussi loin que pouvaient se jeter mes yeux, je voyais. Des tours effondrées, des champs à vache, des clochers égarés, des péniches au ventre gras, des promeneurs minuscules, des trains et des bus miniatures, des chiens et des chats microscopiques, des oiseaux-voyageurs éperdus sur le dos du vent. La vie dans sa plus émouvante et étrange agitation quotidienne. Gratis. Je sortais marcher dans la nuit quelquefois, aller ici et là, sans trop savoir. Inspirer, croiser des trams qui rentraient se coucher, passer des ponts désertés, marcher le long de l’eau, contourner les flaques qui gavaient les pavés mouillés. Puis je rentrais chez moi, fatigué mais vivant.

Un soir, juste après avoir éteint, j’ai refermé ma Bible d’un vague mouvement de main. Celle que j’avais là sur le tapis était un volume épais, lourd qui plus est. En se refermant, elle a fait un bruit étonnant. J’ai rallumé, je l’ai ouverte à nouveau. J’ai éteint. Quelque chose s’était ouvert, qu’il ne fallait plus refermer.

extrait de [le grand bouleversement] by Vincent Smetana – 150 pp. 16/16 (c) Speculoos Libris 2013

s’émerveiller de tant de temps

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Monsieur Haarden rentre chez lui le soir après avoir ruiné son humeur et son temps sur le champ de son insipide travail : il retrouve son appart, son chez-soi, son chat et les boulettes à donner à son chat. J’étais un temps son voisin, j’entendais l’ascenseur, j’entendais lui que l’ascenseur vomit (tousse et repart en chercher d’autres que lui), j’entendais le chat (minauderies intéressées, perspective boulettes).

Un jour m’est venu l’idée à la seconde de frapper chez lui (sous prétexte de je ne sais plus bien quoi, brouilles de syndics ou éclairages publics), il n’a pas répondu (il faisait comme ça souvent, à l’intérieur plus un pet plus une mouche, le chat ventre gras avait déjà filé sur les toits), j’ai posé sur le paillasson un petit livre de Georges deLaTour, dont l’observation m’avait fait du bien à moi.

Le lendemain il n’y était plus, mais je n’ai jamais rien su de ça. L’a-t-il seulement lu ? L’a-t-il mis en copeaux pour faire litière à chat ? En a-t-il fait laine pour son coeur rocheux ? Char (René) disait beaucoup ça, idem, que certains peintres sont la laine de son nid rocheux, et Georges dLT en est un, un de ceux-là, un de ceux qui font du bien aux yeux, et pas qu’aux yeux.

Entretemps, travailler la lumière, la chercher, en être ému, être touché par l’habileté, je sais ça s’est un peu beaucoup perdu, mais y a dans les toiles de Georges dLT ce je sais quoi d’émerveillement, pour l’oeil. Les joues des enfants (détails, plans gros), des mains, des paumes, des cheveux qui prennent danse dans cette lumière. On dit souvent (parce qu’on la voit souvent) que sa Marie-Madeleine à la flamme vacillante magnifie son travail, probablement parce qu’il est dit de cette oeuvre qu’elle est la plus achevée.

Et ? Une jeune femme, transformée par sa rencontre avec Jésus, absorbée dans une rêverie, elle regarde (sans perdre ailleurs son regard) une lampe qui brûle devant elle, et devant quelques livres amoncelés, elle appuie sa main sur un crâne (éphémères désirs de ce monde, vanités à chaque pâté de maison, ennuis, orgueils à tous les étals), on y voit que cette oeuvre apparait à vrai dire simplement comme une méditation apaisée sur sa beauté éphémère à elle, et en écho, sur la beauté palpable de l’éternité soudain entrevue et promise. Probablement que le peintre a volontairement dépouillé cette toile de tout ce qui pourrait écarter cette vision-là, simple, calme.

Char dit encore de ses mots de poète « N’émonde pas la flamme, n’écourte pas la braise en son printemps. Les migrations, par les nuits froides, ne s’arrêteraient pas à ta vue. Nous éprouvons les insomnies du Niagara et cherchons des terres émues, des terres propres à émouvoir nos natures tourmentées ».

Un temps, les musées de Bruxelles étaient gratuits, on pouvait y butiner à loisir, avec bonheur et légèreté, observer ce qui émeut un peu, ce qui édifie un peu. C’est fini, ça. Mais cherchez un dLT, surtout ceux où il y a des enfants, des jeunes adultes, Georges cherche de la lumière l’éternité. C’est beau, cette éternité. Georges dLT l’avait dans son coeur, à coup sûr. S’émerveiller sans fin de tant de temps.

Oui, pour ce qui est de Monsieur Haarden, mon ex-voisin, j’aurais peut-être du trouver autre chose : un coeur qui s’émeut, ça ne fait pas forcément beaucoup de bruit, je suis donc resté sur le carreau de mon initiative. Maintenant, la prochaine fois -si prochaine fois il y a- je lui filerai quelque chose d’a priori susceptible de déclencher parallèlement une réaction bruyante, des sons : un dévédé de PicPic & André, par exemple. Qu’il soit obligé de décoller les lèvres pour laisser échapper du rire, que même le bruit du chat qui mange ses boulettes ne pourrait pas couvrir ça … Ou alors mieux (mais oui), j’aurais du reprendre contact. Mmh, ne jamais se laisser décourager trop facilement. Prendre soin de mon voisin, prendre soin vraiment, c’aurait été de lui réserver ce après quoi que je croyais que je devais courir sans fin pour moi : du temps. Quelle blague, j’ai du temps, pourtant. Tant.

vers un printemps vrai

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Après avoir passé le ramasse-miettes sur mon cœur en débris, il me fallait faire le tri de ce qui restait dans mes mains et dans ma vie. Poser ça sur une table neuve. Etendre le linge clair de cette grande lessive. De mon coeur vider les seaux trop pleins de vieilles eaux, grands courants d’air, fenêtres qui cognent, poussières qui tombent et fuient, fébrilité, impatience de préparer quelque chose. Une place. Une énorme place. Belle, neuve.

Ma vie, dans cet état, m’apparaissait comme une maison que l’on quitte, que l’on prépare au départ. Quelquefois, je fermais les yeux et je posais les gestes imaginaires de cette étape douloureuse : mettre des fleurs dans un grand vase en fer martelé, des oranges dans une coupelle de grès, les bouteilles de vin dans l’ombre de l’escalier, une nouvelle tranche de terrine de canard et des tomates au frigo, car faut soigner son estomac pour donner du mou au sentiment d’abandon qui mine nos jours sans prévenir. Sortir encore, là tout au long des berges inspirer quelque chose de bon, de très bon, cet air pur et plein dont les poumons gardent la trace, mais aussi le coeur, et la raison justement. Puis, fenêtres béantes, battre le linge, couvrir de lin lourd fauteuils, piano et vaisselle, faire gicler l’eau sur les dalles et les tommettes, enduire les meubles fruitiers et les larges lattes de plancher, déraciner prises et plombs, rouler les tapis, tirer les volets.

Oui je désirais pour ma vie un printemps. Qui ne désire pas pour sa vie le printemps ? Que la sève gicle de frais dans les veines et les vaisseaux, que la peau du cœur se réchauffe, que les lèvres goûtent à la saveur salée de mots inconnus, que le corps retrouve le désir de s’élancer vers les plus fins et élégants nuages, que nos mains brassent l’ombre douce de nos rêves. Désirer ce qui est nouveau. Ou mieux encore : désirer que ce qui est nouveau se renouvelle sans relâche, sans aube ni coucher. Pour enfin palper un sentiment d’éternité.

Et en quoi je croyais, à cet instant ? Qu’il est sans doute possible d’aimer, aimer être, aimer vivre. Mais qu’il me faudrait tout réapprendre. Et s’il me fallait désigner le sentiment qui m’animait : je désirais voir l’Amour. L’Amour pur. Je désirais le toucher. L’entendre frémir. Le nommer.

Mais toucher à l’Amour suppose d’être prêt au changement. Or on ne désire jamais creuser bien loin. Dès que le chemin nous surprend, on lâche, on réfute. On nie la chose. On dégage.

Et d’ailleurs, comment réagir au changement si l’idée même du changement nous terrasse ? Comment faire face à ce qu’on ne connait pas si on ne se connait pas soi-même ?

Là où je vais au fond de moi, il y a ta maison, mon coeur.

extrait de [le grand bouleversement] by Vincent Smetana – 150 pp. 16/16 (c) Speculoos Libris 2013

au-dedans de nous le mouvement

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Lorsque j’étais à peine sorti de fac, j’ai rencontré une jeune femme, encore étudiante, nous sommes tombés amoureux l’un de l’autre. A l’occasion de la chute du mur de Berlin, nous avions fait un voyage d’étude au cours duquel, par petits instants fugaces, nous comprenions que nos cœurs fondaient. Tout en elle m’émouvait : la manière qu’elle avait de marcher, la boisson qu’elle choisissait lorsque nous nous arrêtions dans de bruyantes brasseries de la ville, l’odeur étrangement sensuelle qu’elle laissait sur le col de son manteau pendu au vestiaire de l’hôtel, cette manière qu’elle avait de quitter la chambre commune que nous partagions à six ou sept, avant tout le monde, comme pour échapper à la médiocrité d’un réveil commun, inconfortable et brutal. Elle était jeune, son père me menaçait même mi-grondement mi-sourire de me dénoncer à la police. Nous nous sommes aimés comme s’aiment de jeunes couples raides-dingues l’un de l’autre : passionnément, maladroitement, en se mentant, en se trompant, dans les bruits de retrouvailles, le silence de longues absences et l’émerveillement de voyages lointains. Pour du vrai, pour toujours. Elle désirait avoir des enfants, elle disait combien une famille la comblerait au-delà de tout autre projet, elle lisait beaucoup, s’essayait même à écrire. Elle a aujourd’hui déjà trois enfants, et son travail s’articule autour de l’amour du livre. Comme quoi : on dévie rarement de ce que j’appellerais nos trajectoires intérieures.

Mais elle n’est pas devenue ma femme pour toujours.

Et ses enfants ne sont pas les miens.

Pourquoi je dis ça ?

Que savions-nous, à ce instant-là ?

Rien.

Et aujourd’hui ? Rien de plus palpable. Rien de sûr.

Car nos chemins de vie sont à vrai dire en perpétuel mouvement. Pas en modification perpétuelle, ni en métamorphose aléatoire. Non. En changement, en évolution. Et pourtant, si souvent on a le sentiment qu’on touche au but, qu’on va soudain pouvoir arrêter cette évolution, freiner ce changement fatigant de la poursuite de nos jours. On se dit, là, ça y est : y a pas mieux, on est bien, des familles formidables. Plus belle la vie. Et aux instants de grâce absolue succèdent les pleurs et la boue. Pourquoi ?

Parce qu’on vit très souvent loin de nous-mêmes. Loin du chant de nos cœurs. Et parce qu’on serre trop fermement nos existences sous les rênes de notre bon-vouloir. Tant que l’on marche dans le plan de l’erreur ou du hasard, on ne touche pas à notre chemin de croissance. Et c’est là que se trouve cette dimension qui nous échappe : quel est le temps, le nom, le lieu de ce qui est pour moi ? De ce qui définit l’instant où je vais toucher au plein épanouissement de ma vie ?

Et c’est là que je dis aujourd’hui : que Ta volonté soit faite, et non la mienne. Car moi, par moi-seul, je ne suis capable de rien de stable.

Comment croit-on qu’on peut faire face au fracas de nos vies ? En lisant des magazines érudits ? En sautant à l’élastique ? En se bourrant la gueule ? En faisant un jogging matinal ? En repeignant vingt fois sa cuisine ? En achetant un abri de jardin plus tape-à-l’œil que celui du voisin ? En faisant taire sa femme ? En humiliant son mari ? En aimant plus nos chiens et chats que nos amis ? En allant à l’église deux fois par semaine ? En se défonçant la santé dans le travail ? En claquant deux mille euros pour une nuit sous les étoiles dans le désert tanzanien ? Quoi, à la fin ?

On cherche à oublier quoi ? A faire taire quoi ? Nous sommes en vie, bordel. C’est exigeant.

Or une parole a glissé vers moi, 

Un bref chuchotis m’a frôlé l’oreille,

Dans les rêveries, les vues de la nuit,

Quand un lourd sommeil tombe sur les hommes,

Et dans un murmure une voix m’a dit :

Quel être est plus pur que lui qui l’a fait ?

Appelle : y a-t-il quelqu’un pour te répondre ?

Regarde : à qui vas-tu te vouer ? 

Dans son bouquin questionnant la prière, Philip Yancey jette ceci : « Je dépensais souvent beaucoup d’énergie à poser des questions à Dieu. Pourquoi la pauvreté se perpétue-t-elle dans les pays riches ? Pourquoi un seul continent, l’Afrique, absorbe-t-il comme une éponge un si grand nombre de catastrophes mondiales ? Quand est-ce que « la paix sur terre » sera enfin une réalité ? Au bout du compte, ces questions me sont apparues comme des interrogations que Dieu nous lance. Jésus à précisé la volonté de Dieu pour cette planète : quelle est ma participation à la réalisation de cette volonté ? »

Dieu ne force rien. Il invite à. Le cœur est laissé libre de s’agiter à tout vent. C’est terrible, et terriblement beau.

extrait de [le grand bouleversement] by Vincent Smetana – 150 pp. 16/16 (c) Speculoos Libris 2013

coup de coeur papier

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« Ce petit livre est particulier. Son auteur, poète, musicien et chanteur belge devenu chrétien nous offre ici un peu de son intimité. La forme passe insensiblement du poème en prose à la nouvelle, au récit, à la description des paysages ou des sentiments. Il sait manier les mots pour transporter dans des ambiances, des impressions, pour nous enchanter, tant ses textes sont musicaux en eux-mêmes. Pas surprenant, puisque leur auteur pratique avec talent le slam et la musique des mots.

Il nous raconte ainsi des épisodes de sa vie, mais s’agit-il de sa vie ? Peu importe. Il nous inspire, nous enrichit. Il veut nous faire partager les événements, les choses qui ont fait sa vie, qui font sa vie. A travers ses phrases passe le témoignage d’une histoire de foi, une histoire de rencontres et d’intimité.

Un livre à prendre, à reposer puis à reprendre, à la suite ou au hasard. Bref, un bon livre de chevet. »

(c) Philippe Cousson  #Culture&Médias / Paroles Protestantes – Paris, Janvier 2014

[le grand bouleversement] by Vincent Smetana – 150 pp. 16/16 (c) Speculoos Libris 2013

le présent de nos vies

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Que signifie l’expérience des choses passées ? Croyons-nous vraiment que nous sommes magnifiques et éperdus, splendides et indélébiles ? Ou convient-il, avec davantage d’humilité, d’être, d’apprendre à rendre notre pas plus léger, moins furieux, sans désirer s’ancrer férocement, en acceptant plutôt de considérer que la merveille est cet impalpable mouvement divin ?

Cet inspir splendide qui nous comble, nous porte, nous nomme, nous voit, nous répond, nous précède en tout pour que s’inscrivent en nous force, courage, passion ?

Quatre lépreux rejetés à la porte de la ville discutaient entre eux : pourquoi resterions-nous ici à attendre la mort sans bouger ?

Un passage du Livre des Rois relate l’histoire de ces quatre gars, jetés en dehors de la ville, lorsque sévissait au-dedans une intense famine. Ils font à vrai dire ce constat étonnant de clairvoyance dans leur état : retourner vers le passé, c’est mourir. Rester dans le présent sans bouger, c’est mourir. Se lever et aller vers, c’est vivre en tous cas.

Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire d’autre ? Franchement, plus clair que ça tu meurs.

Le passé représentait pour eux, comme pour moi, le lieu qu’ils avaient quitté, là où leur vie ne pouvait plus être. Retourner en arrière, c’était entrer dans le sec, le rien, le manque évident de nourriture. Dans mon cas : l’absence totale de nourriture spirituelle.

Le présent représente là pour eux une inertie certaine, le lieu d’une autre forme de vide. En effet, si nous restons collés à nos acquis, notre vie peu à peu baigne dans le flou du formol, cesse de battre, car nous ne supporterions pas (pensons-nous) que quoi que ce soit vienne à changer. On est convaincus que ce qui a été acquis l’a été chèrement, et on préfère même s’accrocher dans le tas à nos ratages, à nos blessures peu éteintes, nos amertumes tenaces ou nos pâles amours de demi-teintes (nos mauvaises humeurs persistantes, pour le dire autrement) bien plutôt que de se dire que chaque occasion d’ouvrir les yeux est une occasion de voir, de vraiment voir.

Le présent de nos vies est à vrai dire ce moment rare et privilégié où nous sommes éveillés à ce qui peut se passer de particulier dans nos vies, à ce qui se passe de particulier, à ce moment, présent et lumineux où l’occasion nous est donnée de laisser Dieu façonner nos cœurs et nos vies pour les tendre de ce caractère exceptionnel que Lui leur voit.

Le futur est ce lieu d’ouverture et d’accomplissement de la promesse : va, vis, vois. Pour rien au monde je ne voudrais retourner dans le passé. Oui, bien sûr, je sais toutefois que je pourrais y glaner ci et là quelques miettes d’éternité consumée, qui pourraient me ravir ou même m’émouvoir. Mais se promener parmi les miettes de soi, c’est fouler le rien, le vide, l’oubli. Ceci dit, il est bien entendu que tout ce que nous avons déjà vécu nous a porté jusque là où nous sommes, forts de ce qui a été appris et compris, forts d’une plus grande compréhension de nous-mêmes. Une fois mais pas deux, dit-on.

C’est aussi l’histoire de ce corbeau, planté dans le ratage de sa vie et qui jura, mais un peu tard.

Et souvent c’est ce qui nous fait mal, précisément : pourquoi a-t-il fallu ces souffrances, ces larmes vives, ces échecs ? Quel est ce Dieu qui permet donc le sang et la sueur, qui permet l’écueil et l’épuisement, la sécheresse du cœur et l’absence de salive ?

Ce n’est pas Lui qui nous guide vers là où nous ne sommes pas. Ce n’est pas Lui qui nous pousse dans les bras de qui nous ne sommes pas. Ce n’est pas Lui qui gonfle nos rêves de ce qu’ils ne sont pas. Ce n’est pas Lui qui nous jette dans les bras de la laideur, de la méchanceté, de la violence et du pus de nos existences.

Non. C’est nous. Nous qui réfutons. Nous qui repoussons. Nous qui dénigrons, qui mentons. Nous qui refusons de nous éveiller à la conscience de ce qu’on ne fait pas de nous-mêmes.

Je jure, mais un peu tard, qu’on ne me reprendra plus à ces jeux avec les sentiments et le cœur des gens, à la trompeuse ivresse des miroirs, à l’attrait irrésistible de ces étincelants vêtements, à la spirale de ce qui en ce monde plante racine dans le vain, le vide, le noir.

Je me suis pété la tronche et explosé le cœur à croire que le Roi c’est moi. Je vais mieux, mais un peu tard.

Mieux vaut tard que pas. N’est-ce pas ?

 

extrait de [le grand bouleversement] by Vincent Smetana – 150 pp. 16/16 (c) Speculoos Libris 2013