territoires intimes (vol.1)

Pour rejoindre mon jardin de silence, il m’a fallu fouler chaque saison de détresse, de doute et d’absence. Et je la vois là au-devant, la route longue qui toujours délie sa langue sèche, d’asphalte et de chaud tarmac revêche, longtemps j’attends jusqu’à temps que le ciel bas déchire la poche d’eau de son ventre gras, et que tout le gris au-dedans de lui se précipite vers le bas, vers le sol, vers ici où je suis, ici où je prie que vienne la pluie enfin, lisse et moite sur la peau des joues, goûteuse à l’aube de mes rêves et de mes jours sans, gifle de frais, fougères, sauge, piment. Et que la pluie venue éveille l’envie de la boue tiède et des pieds nus dedans, du sentier sauvage et des herbes molles, toutes mes attentes et mes larmes folles, là où marcher vers du vivant, là où marcher vers là où mon coeur tend.

*territoires intimes (vol.1) / EP 5 titres en édition digitale (sept #14)

*livret 16 pp. en tiré-à-part.

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la part de nous à accomplir

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C’est drôle, des fois j’ai des appétits de caravane. Ca insiste, et je ne sais pas pourquoi. Cet habitat a quelque chose de simple, de simplifié même, et de basique donc. En même temps, l’image mentale de la caravane est associée aux temps de vacance, tout en projetant symétriquement une image très cheap de ça. Presque vulgaire, même. Médiocre, en tous cas. Lorsque nous roulions avec mes parents sur l’autoroute du soleil entassés à cinq dans la scirocco de mon père, le spectacle désolant d’une caravane éclatée sur le bord de la route a souvent fait jaillir dans mon esprit d’enfant l’idée que si c’était appétissant et enjôleur à première vue, cette espèce de maison à roulettes n’avait en fait rien de noble, de durable : rien que de la paille de bois, de la merde en mousse légère et beaucoup de vent.

En y repensant, la métaphore s’est imposée : la caravane n’est pas en principe quelque chose qu’on choisit, c’est un habitat par défaut, et je suis parti du principe –en cherchant dans ma mémoire scolaire de ceux qui l’été partaient à la caravane– que c’est dans la plupart des cas un habitat dont on hérite, par tradition, par routine, par défaut. Qui plus est, je viens de le dire, si l’idée est belle dans son essence d’habitat simplifié, léger, démocratique et tout emprunt de liberté, quand on y pense c’est tout le contraire : pour la bouger, il faut la trainer derrière soi comme un boulet joyeusement instable et vraisemblablement dangereux –et dangereux pour les autres- , et si on ne la bouge pas elle finit par se décoller, se démembrer, se déliter et prendre l’eau de toutes parts, plier, ployer, moisir. Rien de ce qui la constitue n’est vraiment noble, ni sa matière ni sa provenance. Au début c’est beau, à la longue ça devient merdique, encombrant, inutile.

Et ça, c’est pile ce qui constitue le plus grand pôle de toxicité pour nos vies : vivre par tradition, accepter de lourds héritages qui ne nous appartiennent pas, bâtir nos vies sur des matières dénuées de toute éternité, trainer de dangereux boulets –pour nous et pour ceux qui nous entourent, même s’ils nous aiment-, laisser aller chacun de nos projets dans un déroulé routinier et lassant à vomir, nous vidant année après année de toute substance et de tout désir.

Comment ça se fait ? Nous devrions penser à édifier des choses simples, belles, durables et partageables, élancées justement vers nos aspirations éternelles à la vie. Un habitat simple se devrait d’être de pierre sèche, de terre battue, de cendre et d’eau, de feu et de lumière. Et nous nous entourons du contraire. Bien sûr, ce sont là des métaphores, mais justement : profitons-en à nouveau pour tâter le sol de nos projets de vie, leur nature et leur état.

Beaucoup de choses dans nos vies nous insécurisent. Beaucoup de choses que nous avons vécues ont créé des blessures, des poids, des manques, et on ne parvient pas toujours à mettre des mots là-dessus. Et on peut passer une vie entière à chercher le lieu du repos, le lieu de la plénitude et de l’accomplissement.

Alors c’est vrai, souvent dans ce trajet-là, il y a plein de choses qu’on ne comprend pas, ou qui nous semblent pas possibles, pas faisables. Croire, avoir foi, s’abandonner, ça mobilise un truc en nous qui sonde notre identité profonde. Ce n’est pas simple. Et donc on n’entre jamais en profondeur, on survole, on évite. Et on place notre désir d’identité dans des choses extérieures à nous, c’est plus facile, c’est confort : mes vêtements, mes loisirs, la marque de ma bagnole, la tronche de mon scooter, ce que je lis ou que je lis pas, ce que je mange et comment je marche et, bien sûr, le lieu où je vis. Or quand on y pense, ce sont là toutes des choses qui sont formatées hors de nous-mêmes, on n’a pas de prise là-dessus, les choses les images les objets viennent s’imprimer sur nous, mais n’expriment pas grand chose de qui nous sommes. Plus on collecte de choses extérieures, moins on touche à notre identité intérieure, à notre coeur profond.

La chose ici, c’est : Il s’agit de commencer à penser différemment. Ou en tous cas de désirer ça. Pourquoi ? Parce que si on ne pense pas différemment, on ne se met jamais à vivre différemment. On a hérité d’un mode de pensée, d’une façon de vivre, d’un système de croyances pré-formaté et de toute une caravane de valeurs. Mais qu’est-ce qu’on a choisi ? Qu’est ce qui a été oui ou non accompli jusqu’aujourd’hui ? Qu’est-ce qui pourrait changer ?

*extrait d’un projet d’édition autour de la série vidéo Le Plan

trouver le coeur

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Un ami m’a parlé un jour d’une expérience singulière qu’il avait choisi d’entamer et qui –au final- l’a profondément entamé lui dans son orgueil et son arrogance de croire qu’il savait déjà tout de la nature humaine, essentiellement après avoir mangé à tous les rateliers livresques de diverses croyances philosophico-spirituello-machinchoses. Il avait bouffé toute sa savante bibliothèque et attendait sereinement de faire le gros rot satisfait de la connaissance infuse. Le défi était donc : s’isoler dans un refuge de fine tôle parmi les arbres et les buissons, avec de la subsistance solide et liquide pour une dizaine de jours, en plus d’une pompe à gel au dettol, une couette 4 saisons de chez lidl, un lumogaz et sa petite bonbonne bleu ciel, une boite d’allumettes, un petit cahier atoma et deux crayons gras, et last but not least un seul bouquin, celui avec lequel tant de fois on lui avait gonflé les oreilles : la Bible. En finir avec ça, into the wild, façon hérisson.

Déjà, ai-je envie de dire, prétentieux de croire qu’on peut avaler cette affaire en dix jours. Et en effet, il a vite déchanté sur la possibilité de gober ce truc vite et cru comme un  best-seller de rentrée. Au jour 2, il était énervé de sa déconvenue. Au jour 3, il ruminait sa déconfiture. Au jour 4, il pensait vider ses sardines, ses chocolats en barres et ses placards en une bouchée et reprendre fissa le chemin de la cité. Mais au soir de ce même jour, la chose improbable est survenue dans la quasi-obscurité de cette hibernation improvisée : enchainer de début à fin et de fin à début sans fin le livre des psaumes, ému et foudroyé par toute la portée de beauté et d’humanité de cette âme vibrante et amoureuse, de ce poème d’éternité, de ce langage absolu de dénuement et d’honnêteté, de persévérance, de violence et de défaite, de confiance sereine et de constante reconnaissance. J’aurais pu déchirer toutes les autres pages, car je venais de trouver le cœur.

Cette seule phrase émue pour tout compte-rendu de ce singulier voyage, voilà ce qui m’a ému moi. L’expérience de vie se trouve aussi au cœur de ce dont la force d’un langage témoigne. Cet ami s’est rendu responsable de sa lecture, dans les termes les plus fondamentaux : un violent volte-face, une émotion radicale, une intelligence bouleversée. Si je ne peux bien sûr écarter le livre des psaumes –qui est devenu entretemps le sillon merveilleux d’une expérience intime de restauration-, j’atteste et crie haut pour ma part que je suis moi tombé en amour du magnifique livre d’Esaïe : un torrent de colère, de défaites, de constantes inconstances, d’amour fou et de promesses, dont je fais mienne celle que j’estime la plus splendide : tendez l’oreille, venez vers moi et vous vivrez.

N’est-ce pas là immensément ce à quoi chacun de nous aspirons : une vie de plénitude et d’intensité, dont nous serions les acteurs émus et responsables ?

*extrait d’un projet d’édition autour de la série vidéo Le Plan

pas tout le monde

A ce qui parait tout le monde s’en fout / A ce qui parait tout le monde s’en fout de tout, de toi / A ce qui parait / On peut cracher sur les étoiles / On peut insulter les nuages / On peut mentir violer tricher / A ce qui parait tout le monde s’en fout de tout, de toi / A ce qui parait / On nous fait manger des conneries / On en bave tous d’être une barbie / La nouvelle star dans une Corvette / Ni Dieu ni maître / Tout le monde s’en fout de tout / A ce qui parait tout le monde s’en fout de tout, de toi / Mais je ne suis pas tout le monde / J’ai ton regard posé sur moi / J’ai ton désir de voir en moi / Qui je suis / En toi je suis vivant.

*le grand bouleversement CD & LP numérique + un bouquin tiré-à-part de 150 pp (récit & autres textes) :: (c) speculoos Music / Believe !

de quoi vivre

Oh dites-moi / En quoi j’aurais tort d’y mettre tout ce que j’ai encore à donner de moi / J’ai de quoi vivre avec cette espérance / de quoi vivre / D’innocence et de foi, et de foi / Quelque part d’où partent les espoirs / Et les saisons qui les séparent / J’ai vu quelque chose dans l’abîme, une histoire / Qui fait que j’ai envie d’y croire :: Oh Jésus ! / Ce que j’ai vu j’ai vu / Oh j’ai vu ! /  vu / Je t’ai vu toi / Et depuis ce jour et ce feu qui brûle en moi / Les ombres et leurs contours s’animent à chaque fois / Que j’y apporte un peu, porte un peu / Un peu d’amour / que j’y apporte un peu de moi / Quelque part d’où naissent les étoiles / Dans l’univers où elles s’installent, sans fin / J’ai trouvé l’indice qui me ramène sans long détour / A ce que j’aime. Enfin ! :: Ostrini/Smetana

*le grand bouleversement CD & LP numérique + un bouquin tiré-à-part de 150 pp (récit & autres textes) :: (c) speculoos Music / Believe !

pas de choix pas de chocolat

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La colère de l’orage d’hier s’est apaisée pendant la nuit. Je prends la voiture pour rejoindre un départ de randonnée. Le feuillet que j’ai en main est couplé d’une carte au millimètre, avec sentiers, ravines, dénivelés et tout le toutim. Les deux sont glissés dans une pochette étanche, au cas où un orage à nouveau jaillirait de par-dessus les crêtes, et que ça le démangerait de se ruer sur ma tête nue. Je chipote cette carte, la déplie, la déchire un peu aussi. Un peu agacé, je la range dans la pochette et lui préfère le dépliant, qui donne des infos sous forme de texte, genre une fois arrivé à l’embranchement, rejoignez la fontaine Saint-Trucmush, puis montez sur la droite pendant trois quarts d’heure environ, ensuite franchissez le petit pont et rejoignez un nouvel embranchement qui … et blablabla pendant dix autres lignes aussi peu précises. Je comprends vite que ce dépliant ne m’aidera pas du tout, alors je le fourre dans la pochette lui aussi. Je jette tout ça sur le siège avant et me met en marche. Partir sans carte, sans les dattes et les biscuits que j’ai laissés sur la table en partant, m’élancer sur un sentier dont je connais ni la teneur ni l’aboutissement et tout ça sous la menace de noirs nuages : sincèrement, ai-je fait le bon choix ?

Parce que c’est ça, quoi : notre vie se constitue et s’articule autour de nos choix successifs. Pas des choix aléatoires, domestiques ou peu engageants, genre crémant ou vin blanc, chocolat noir ou chocolat blanc, caniche frisé ou berger allemand. Non. Des choix qui nous positionnent, nous engagent et nous élancent vers nos demains. Des choix qui nous coûtent, nous bouleversent, nous avancent en eaux profondes, nous laminent les reins. Les choix conséquents, ceux qui nous amènent à nous dévoiler. Ceux qui nous apprennent à dire Merci. A dire Pardon. A dire je t’aime.

Comme si on passait du temps à discuter de la vie et de son sens encore et encore, mais sans que jamais rien ne respire, ne prenne voix, ne prenne corps.

A un moment, c’est bon, quoi : on le fait ou pas, le choix ? On y touche ou pas à cette manière de ne pas se laisser régir par les choses, les événements, les gens, les circonstances ou les héritages ? Je veux dire : rien ne peut se développer, s’épanouir, exister si on n’entre jamais dans le pas du choix. Il importe de se frotter à la réalité de ce qu’on vit, et ça porte un nom : s’impliquer. Croire et donner sens, c’est un choix impliquant. Mais c’est d’abord un choix qu’on se pose à soi-même. Combien de fois on ne s’est pas déjà arrêté sur le bord de la route, parce qu’on explose en larmes et qu’on ne peut plus continuer à conduire ? Si je veux continuer à conduire ma vie quelque part, je ne peux pas continuer à le faire dans cet état. Combien de fois on ne s’est pas effondré d’épuisement ou de solitude sur un quai de métro bondé ou dans le plein chahut émotionnel d’un repas de famille parce qu’on n’arrive pas à prendre sa place, parce qu’il y a trop de pression autour de nous ? Combien ? Pourquoi ? Comment ça se fait ?

J’ai vu un insecte monter sur une ortie, hésiter aux embranchements des feuilles, prendre un à un tous les chemins possibles, s’agripper quand le vent grondait, puis courir, bouger, prendre des torrents d’eau sur sa petite tronche, puis redescendre, hésiter, douter, avant de chercher encore, secoué par le désir de rester en vie, et d’accomplir.

*extrait d’un projet d’édition autour de la série vidéo Le Plan.

pas assez

Il y a des mots sur nos lèvres qui sont beaux / Des mots sur les lèvres des autres qui nous font chaud / Il y a des voyages dans nos têtes bons à lisser nos pensées / Des voyages partout sur cette planète pour flasher nos cornées / C’est beau c’est beau c’est beau mais c’est pas assez / Qui mal étreint mal embrasse / Tous ces gestes flous qui nous dépassent / On mange des images sans moufeter / On est contents-ravis de nos vies bien carrées / C’est bien, c’est bien quand même mais c’est pas assez / On perd son temps au-dehors sur les chaussées / Oh mais comme on est beaux le soir bien sapés bien bottés / On sait de toi un tas de belles choses qui font du bien à haute dose / On est un peu courageux et des fois même on ose ! / Oh c’est bien c’est bien c’est bien mais c’est pas assez / On sait des mots habiles qui donnent le change / Pourquoi si vite pour n’importe quoi nos coeurs penchent ? / On aime entendre des choses douces / Du chic du tendre / Alors que tout ce que tu veux toi c’est qu’on change / Ce qu’on fait c’est pas mal c’est pas mal c’est pas mal mais c’est pas assez / Ce qu’il faut c’est toucher à toi / Voir dans tes mots le goût de toi / Toucher le pan de ton vêtement / Mouler nos coeurs dans tes bras / Ce qu’il faut c’est toucher à toi / Toucher à toi c’est beau c’est beau c’est beau / Et c’est jamais assez !

*pas assez –  LP homonyme (c) Speculoos / Believe! (2008)

En téléchargement promo hiver 2014 via QoBuz.